16 mai 2010

Petits désespoirs naïfs (ou Saudades)

Je me souviens de la Poste
Je me souviens d'EDF
Je me souviens de France Télécom et de sa tarification à l'unité - et du Minitel

Je me souviens des options théâtre, danse, cinéma, musique, arts plastiques, latin, grec, portugais, russe
Je me souviens de la France terre d'accueil
Je me souviens des instituteurs spécialisés
Je me souviens de la SNCF, de ses trains de nuit et de ses DEUX tarifs : zone bleue et blanche
Je me souviens de Churchill et de Jean Monnet
Je me souviens des infirmières à l'école et des conseillères d'orientation
Je me souviens d'Arrêt sur images
Je me souviens que Lula avait juré de ne pas construire le barrage, terrible pour l'écosystème et pour les Indiens

Je me souviens que Sarkozy avait invité à Brasilia le chef des Guayapos en France, qui erre actuellement à l'Elysée mais à qui on n'accorde pas de rendez-vous

Je me souviens des projets de taxe carbone
Je me souviens de la taxe TOBIN
Je me souviens de Hugo, de la résistance, des utopies

Je me souviens des syndicatsJe me souviens des plans d'aide à la Grèce

Et chacun pleure sur son petit grabataire et essaie de crier un peu plus fort que le voisin pour avoir une obole pour les soins palliatifs

Mais bon, soyons réalistes, c'est la loi du marché (ça sert à quoi déjà ?)

Mais Ouf ! on a l'ipad, l'ipod, ryan air, ebay, msn, M6replay, Meetic et le Viagra - vive la vie

05 avril 2010

Fausse rupture

Je m'expose avec indécence. Voilà le dernier mail que j'ai écrit dans le cadre de ma correspondance privée. Les noms et lieux ont été escamotés. Je me demande bien ce qu'on peut en comprendre sans connaitre l'historique car il y a pas mal de références au passé, à des discussions, etc.

"Salut Y,

je t'écris pour te dire de ne pas m'appeler demain tout d'abord car j'ai vraiment horreur du téléphone (exception faite de quelques cas) et ensuite car je ne souhaite pas quémander quelques heures dans ton emploi du temps.

Donc une petite mise au point par écrit (mais pas par sms quand même) car je ne veux pas la faire au téléphone et que je ne peux la faire ao vivo vu qu' apparemment j'ai une place très limitée dans ton emploi du temps et tes préoccupations - mais aussi car l'écrit restant, ce que j'écrirai aura peut-être plus de poids que ce que je dis qui, selon toi, a l'air d'être dit avec indifférence et sans que j'y prête d'importance : à l'écrit, pas de moue mal interprétée. Enfin, à vrai dire, parler sans arrêt de notre relation quand on se voit me fatigue : le truc qui se mord la queue et se referme sur lui-même, non merci - la mise en abyme, ça me fatigue assez dans mes cours d'agrég.

En gros, la relation entre nous telle qu'elle a lieu effectivement ne me convient pas.
Tu m'accordes une place trop restreinte , et j'en ai marre de te sonner quand je rentre à **** : ça me donne l'impression de quémander quelques heures - alors que toi, en face, ne me sollicite jamais. De plus, tu n'écris jamais (ce qui n'est pas important en soi, disons que ça aurait pu pallier le peu de temps où on se voit) enfin rarement et omet de répondre quand cela t'arrange. Enfin, j'ai l'impression que tu veux que je reste cachée, pour ne pas faire de vagues sur le reste de ta vie.

Pourtant, j'étais très heureuse de te voir quand tu m'en donnais l'occasion mais je ne sens pas assez de sincérité : même si je comprends que tu veuilles bien séparer tes deux histoires, il y a trop de non-dits à mon goût, voire de mensonges. Et tes "provocations" sur le "j'aime bien coucher avec toi" pour résumer le "lieu" de notre relation m'ont quand même refroidie.

Disons que j'aurais attendu plus de considérations et que tu te livres plus - le fait que tu aies une copine n'empêche pas ça.

Donc je ne te ferai plus part de mes différents allers-retours sur **** et si tu as envie qu'on se rencontre, pour autre chose que coucher ensemble (ou pas uniquement), fais moi signe - de mon côté, je n'ai plus envie de quémander.
Tu disais que j'avais plus d'envergure que ce que je faisais (façon diplomatique de dire que ma vie est minable) - j'estime avoir plus d'envergure que de me contenter d'une relation peu claire et qui ne me renvoie pas une image très belle de moi-même.

Cela dit, je suis tout à fait consciente que si on ne se voit plus, ce n'est pas car je t'aurais "largué" mais bien car tu m'as un peu rejetée : je ne refais pas l'histoire à mon avantage.

Cependant, je n'ai pas dit que je ne veux plus te voir - mais ne me considère plus comme ta maitresse officieuse : des coucheries de temps à autre, même si c'est sympa, sans que tu m'accordes plus de place sentimentalement ou en temps (= se livrer plus, s'inquiéter de moi, avoir envie que l'on fasse des choses ensemble, ce qui n'implique pas selon moi pourtant la nécessité d'être célibataire en dehors de ça), bof : j'ai juste l'impression de me faire baiser (comme tu aimes à le dire d'ailleurs).

Ceci dit, ce n'est pas la bile qui dicte ces paroles : je ne regrette rien et je suis contente qu'on se soit rencontrés et espère qu'on se reverra avec plaisir, voire qu'on recouchera ensemble peut-être.

Réponds moi par mail, même si c'est juste pour accuser bonne réception."

16 mai 2008

Ebauche d'une nouvelle forme de lutte des classes déviantes dans le discours de Sarkozy ?

Voici un article écrit peu après les élections présidentielles pour un site de vigilance citoyenne qui a périclité par manque de temps des divers organisateurs (dont moi). C'est toujours d'actualité sans doute.
 
Cet article utilise une relecture marxiste osée pour, par analogie, montrer que Nicolas Sarkozy a emporté les élections présidentielles en donnant un nom générique à son électorat pour lui présenter un ennemi commun à abattre, tout en passant sous silence une troisième couche de la population pourtant bien connue.

"L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes." (Manifeste du parti communiste)

Marx et Engels ont établi une lecture de l´histoire du monde où s´opposerait sans cesse à une couche de la population une deuxième : l´homme libre et l´esclave, le baron et le serf, l´aristocratie et la bourgeoisie, les patrons et les ouvriers...

Dans ce couple, existe un dominant et un dominé. Les révolutions se déroulent lorsque, dans la classe des dominés apparait une sous-classe susceptible de renverser la classe dominante.

La gauche, depuis le front populaire, conserve en filigrane cette idée de dominants - dominés. Les dominants seraient les patrons ou les -détenteurs de capitaux financiers, les dominés ceux qui ont un capital financier et/ou de pouvoir faible ou inexistant (étudiant basique, salarié, chômeur, parfois les femmes, parfois les immigrés...)

Pour limiter un tel déséquilibre, l´idée de la gauche non révolutionnaire est de rogner le fossé entre les deux classes en instaurant un service public (comme l´école qui permettrait de créer un ascenseur social, ou l´hopital qui offre ses services à tous), un droit du travail (pour limiter l´inégalité dans la discussion entre employeurs et employés), une redistribution des richesses (prendre aux riches pour donner aux pauvres)...

Dans une France où les pauvres et dominés sont largement plus nombreux que les riches et dominants, la gauche devrait normalement gagner les élections.

Eh bien non... !

Pourquoi ?

On peut ébaucher un élément de réponse pour l´élection qui vient d´avoir lieu...

Nicolas Sarkozy a inventé une nouvelle bipartition du monde (limité à la France). Ses phrases favorites sont ainsi :

- "J´ose le mot TRAVAILLEUR"
- "Les TRAVAILLEURS, c´est ceux qui se LÈVENT TOT le matin et qui triment et gagnent leur vie à la SUEUR de leur front"
- "Je veux permettre à ceux qui veulent gagner plus de TRAVAILLER plus"

En se plaçant dans la perspective marxiste (que Sarkozy n´utilise pas), la première classe est bien claire, ce sont les TRAVAILLEURS qui TRIMENT. Ce sont eux dont on prend la défense, dont on se veut le porte-parole, qu´on veut défendre de l´oppression.

Mais quelle serait donc la classe opprimante ?

- "Le mot travailleur n´appartient pas à CEUX QUI INTERDISENT aux français de travailler"
- "Je veux parler d´une souffrance, de ceux qui ne sont pas dans la PRECARITE, ceux qui TRAVAILLENT dur"
- "Je suis contre l´ASSISTANAT."

La classe ennemiE, dominante, contre laquelle il faudrait alors lutter, à qui il faudrait prendre le pouvoir (dans la logique marxiste), ce sont ceux qu´ils appellent les "assistés". On peut considérer que, selon Sarkozy, il existerait donc "les assistés" (la classe dominante) et les "travailleurs qui se lèvent tôt" (la classe dominée)

Quelle est la lutte que ces opprimés doivent mener : améliorer leur sort (réformisme ?) ou prendre le pouvoir...

Ni l´un ni l´autre, la classe opprimée doit supprimer la classe dominante, lui marcher dessus... en lui supprimant l´assistanat et en lui montrant que ce ne sont que des moins que rien. (car il va sans dire que s´ils ne travaillent pas, c´est car ils ne le veulent pas, qu´ils veulent rester dominants, c´est pas qu´ils peuvent pas)

Et bien entendu, des gens aident ces voleurs et profiteurs et maintiennent la classe dominée des travailleurs en position de faiblesse : la gauche ! qui leur donne des sous et font des lois pour que les travailleurs travaillent moins !

Pour lutter contre la nouvelle classe dominante, il faudra supprimer les maigres défenses qu´on avait contre l´ennemi antérieur... mais bon, faut bien faire des sacrifices...

Dans une logique de gauche, on aurait pû penser que ce sont ceux qui ont pas besoin de travailler ou qui ont un travail facile, léger, où on trime pas, où on a pas besoin de transpirer : les héritiers, financiers, les grands patrons, ceux qui se font servir grâce à leur argent. Mais dans le monde dessiné par Sarkozy, ces gens n´existent pas ou alors, le peu de fois où ils sont évoqués, ce sont soit une création de ces fainéants de 68tards qui ont arrêté de travailler pour faire grève soit, en ce qui concerne les patrons des pauvres hères qu´on empèche de faire le bonheur des travailleurs en limitant leurs décisions (35 h) soit en leur bouchant carrément la possibilité d´employer plus de travailleurs en leur imposant des taxes qui vont profiter aux assistés. On a donc divisé pour mieux régner.

Et les électeurs-travailleurs ont suivi...

- peut-être que car, ayant de meilleures conditions que leurs grands-parents, les travailleurs ne voient plus le patronnat comme un ennemi, c´est lui qui donne du travail après tout, et même des congés payés !, alors comme on aime bien avoir un ennemi, on en trouve un autre (même si on perdra dans la lutte certaines améliorations qui avaient été faites dans la lutte précédente)

- ou peut-être, au contraire, par fatigue de la rebellion contre l´ennemi traditionnel de gauche qui ne marche pas... (vu qu´ils se sentent toujours aussi défavorisés... ) alors ils ont trouvé un nouvel ennemi : les plus pauvres qu´eux, ceux qui n´ont même pas réussi à trouver un travail ou qui n´en ont pas les moyens.

On arrive pas à taper sur le plus fort alors on tape sur le plus faible pour se défouler... ça va rien changer à sa situation mais ça défoule au moins... et puis en plus, c´est pas nous qui allons faire le sale boulot, c´est le gouvernement, on garde les mains propres... et si on voit souffrir plus les autres, alors on trouve sa souffrance personnelle moins douloureuse...

Les ennemis de secours

Et puis, quand on est fatigué de ces ennemis, les assistés, on en a d´autres de rechange :

- les fonctionnaires ou des travailleurs qui travaillent presque pas : "un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé"

- les intellos, car penser, c´est pas travailler, c´est enculer les mouches : "Dans la vie, il y a toujours eu ceux qui parlent et ceux qui font... moi je suis de ceux qui font"

- et bien entendu, les immigrés qui ne pensent qu´à entrer en France pour rejoindre le troupeau des assistés et profiter de leurs avantages et positions de pouvoirs

06 juin 2006

Cris du corps

Mon corps me parle. Ma langue se métamorphose. Un aphte énorme s'y déploie, s'étale comme moi dans mon grand lit et il crie. Il a son langage. Du coup, j'ai l'air d'une débile qui sort d'une anesthésie chez le dentiste quand je parle.

Mon annulaire, tiens, j'avais pas pensé que c'était pile ce doigt là, l'annulaire gauche... Chez un autre, j'y trouve une alliance agréable à tripoter quand je caresse ses mains... L'ongle a décidé de repousser en allant caresser un peu trop près la chair... Pourquoi ai-je cédé sur la manucure, dans ces salons horribles où les coiffeuses ont des coiffures plus laides les unes que les autres... tout ça pour pas trop faire ma rebelle et pour bien m'apprêter pour mon concours de tango. C'était marrant cela dit. Je vais mourir de l'ongle incarné, si ça se trouve.

Deux micro surfaces de rien du tout qui arrivent à se faire entendre par moi, ou que je fais parler peut-être, ma langue, mon doigt....

Les hommes mariés. On a dit que je faisais exprès, que je n'étais attiré que par les gens déjà pris. C'est vrai que ça évite de devoir se trimballer un peau de glu. Mais à y bien y réfléchir, les trois fois où je suis sorti avec des hommes mariés (ou pacsés, c'est pareil), ce fut après une histoire où j'avais été très amoureuse.

Les trois avaient des femmes qui habitaient loin. Les trois étaient plutôt costauds. Et surtout, particulièrement doux et presque lents. Sont-ils pareils avec leur femme ? où est-ce car c'est un illégitime alors ils prennent plus de précautions pour me toucher ?

Choc culturel. Je n'ai jamais aimé les histoires fortement teintés cul. Or sortir avec un homme marié, on pense tout de suite à la relation glauque à l'hôtel, à la frustration sexuelle qu'on rattrape ailleurs. Ca n'a jamais été ça. Au contraire, c'est eux que j'ai fait le plus mijoté. C'est avec l'un d'eux que je passais le plus de temps : du dimanche soir au samedi matin, avec les mêmes amis, à des cours en communs, dans la même chambre, dans le même lit simple. Le week-end, il allait voir sa femme et moi mes autres amis. Aujourd'hui, on passe nos soirées ensemble avec l'autre, on s'écrit la journée pendant les pauses du travail. Seulement, il ne faut pas montrer. On n'ose pas aller l'un chez l'autre. Car chez lui, c'est pas seulement chez lui et que j'ai honte de mon chez moi. Je ne vois pas qu'il voit ça. J'ai été traumatisé quand il m'a proposé des lieux sordides dans un moment fougueux ; je suis devenue muette et rigide ; trop concret, je ne voulais pas parler de détails pratiques ; je suis parti ; j'en ai pleuré à plusieurs reprises le lendemain et ce dès mon réveil. Je suis paranoïaque du désir physique. Pourtant, il est doux, patient, tendre. Seulement, dans ce pays, ça n'a pas les mêmes connotations. Il s'est excusé de sa non-faute. C'est un ange. Je suis chiante. Ca fait des mois qu'on se connait, qu'il sait écouter, qu'il prend le temps, qu'il le savoure, que je traîne, que je ne veux pas regretter les mots, les gestes.

26 avril 2006

De la tendresse féminine

Ecrit sur la route ^^, le 23 janvier

Si je devais me classer dans une des catégories (par essence limitatrices) hétérosexuels - homosexuels - bisexuels, je ferai partie à l'évidence de la catégorie majoritaire des hétérosexuels ; j'aime trop les garçons, j'ai trop souvent le béguin, je révasse tellement des heures durant sur l'un d'entre eux m'approchant des bas-fonds de la mièvrerie dans toute sa splendeur pour qu'il subsiste le moindre doute.

Et pourtant... je suis totalement charmée par l'esthétisme mental et spirituel d'une fille.

Hier, je me suis résolue à rejoindre Michelle à Arrai d'Ajuda. Je suis arrivée dans une pousada, ou tu te sens à la fois chez toi et au paradis terrestre. Michelle était entourée d'autres jeunes parlant anglais. Parmi eux, Maria, une anglaise de 24 ans, allongée dans un hamac, l'air très réservée, sensible et fragile. Pour l'instant, un papillon pas encore sortie de sa chrysalide. Au cours de la journée, j'ai beaucoup regardé son corps menu et pâle, ses yeux enfantins et timides marrons-verts, ses cheveux noirs. L'alliance peau blanche - cheveux noirs m'attire irresistiblement, sans que j'en ai directement conscience. Ce n'est pas simplement son physique qui fait que je l'ai regardé comme un objet d'art. Son alternance de phases silencieuses, plongée dans son monde et de phases de joie à discuter et à être avec nous, comme on en voit chez les enfants, ses petits sautillements passionés, ses mouvements de danse spontanés créaient un ensemble hétéroclite intrigant. Rien à voir avec les changements incompréhensibles et violents d'une hystérique. Fraîcheur, grâce et énergie. Bambie.

Elle est créatrice. Je ne l'avais pas deviné mais j'aurais pu. Artiste plasticienne, même si cette dénomination l'a fait sourire, et chorégraphe. Une jeune fille de 24 ans, chorégraphe, qui a déjà eu une commande de la BBC, voilà de quoi clouer le bec au prétendu déterminisme social qui barrerait la route de l'art aux femmes. (Regardez, madame, dans les humanistes, il y en a pas une de femmes, a soulignéé avec provocation tendre un élève...) J'aurais pu le deviner grâce à son émerveillement et sa sensibilité visible. Elle se cachait dans ses mains quand la Suédoise nous décrivait avec une fougue militante les trois types d'excision, et les coutures que l'homme doit défaire lors de la nuit de noces, en force. Au cours du spectacle de rue, avec deux musiciens rock et trois danseurs clowns tous en tutus et si poétiques, j'ai aperçu sa gaité, pure, sur tout son corps, légers électrochocs. Une certaine excentricité aussi, lorsqu'elle installait méthodiquement sa moustiquaire, étrange engin qui lui a donné au lever du soleil l'apparence d'une chenille en mutation.

J'ai décidé de rester avec elles. Pas à cause de Maria, ou pas uniquement. Mais à cause de cette ambiance revigorante de filles. J'en suis navrée, mais alors que j'adore les garçons et que je me sens parfois plus proches d'eux (je sais, c'est très tendance prétentieux la fille qui est garçon manquée...), un certain univers féminin procure un bien-être. Douche de gaieté et de fraicheur. Oui, les sujets sont parfois futiles. Oui, on a parlé de soutiens-gorges, de la drague masculine locale si lourde et de "oh, j'adore les mecs qui ont les cheveux longs". Mais c'est noyé dans un tas d'autres sujets de conversation bien plus sérieux. Plus proche de la vie, trivial et sérieux, sentiments et intellect mêlés. Aucun tabou, du moins moins. On se laisse plus aller.

L'idée mille fois entendues (et notament dans ma famille...) que "sur un navire, un équipage d'hommes lieraient amitié alors qu'un équipage de femmes se tireraient dans les pattes" me paraît totalement injustifiée, au vu de cette tendre ambiance de dortoirs. J'avais laissé mes affaires dans l'autre pousada et je commençais à me sentir mal à l'aise dans cette robe d'été avec laquelle je m'étais baignée (ayant aussi oublié mon maillot de bain...). Qu'à cela ne tienne ! Spontanément, un rituel d'incorporation a pris forme. Telle une reine orientale, on m'a vêtue. Michelle a déniché un haut fleuri, Katrina m'a prêté un jean, heureuse de remarquer que j'étais faite comme elle, larges hanches et taille fine. Pour finir, Maria a étalé sa collection de colliers et s'est évertué à trouver celui qui irait le mieux avec ma tenue pour élire un modèle japonais. Une proximité physique parachevait ce cocon féminin. Katrina a ajusté ma ceinture, Maria a placé le collier au fermoire complexe avec soin en s'assurant du résultat.



Quand j'aurai décidé de rentrer me coucher, m'endormant malgré moi, avec ce genre de fatigue coup de marteau contre laquelle tu luttes sans succès, Maria me carressera plusieurs fois le bras, comme pour me consoler de ma fatigue, et attendrie comme une mère.