13 avril 2010

Stonehedge

Angleterre 032.JPG

02 mars 2007

Expressions brésiliennes

Quelques expressions brésiliennes qui sont utilisées couramment et qui me plaisent bien :
(en italique, je mets la traduction mot à mot)

"Jogar merda no ventilador" = jeter de la merde dans le ventilateur.
Du genre, "tout ce qu´il a fait, c´est jeter de la merde dans le ventilateur, en racontant ça". C´est pour signifier qu´en voulant faire une critique au mauvais moment ou dire ce qu´on a sur le coeur à un groupe, tout ce que ça va faire, c´est répandre le problème et avoir des conséquences néfastes car tout le monde va se déchirer...

 "Quem não chora não mama" :  qui ne pleure pas ne tête pas le sein...
Ca me paraît assez clair : si on ne réclame pas, on risque pas d´avoir ce qu´on veut.

 "Foi um parto" : ça a été un accouchement.
Une fois un projet terminé (pièce de théâtre, sortir enfin avec un tel, organiser une soirée), on dit que "ça a été un accouchement" pour dire que cela a été galère, qu'on a eu beaucoup de difficultés, qu'il a fallu ménager les égos, les problèmes de paperasse, bref qu'on a dû ramer.

 "Colocar alguma coisa na geladeira" : mettre quelque chose au frigo.
Quand on a un projet qu'on ne peut pas réaliser pour l'instant, un début de bonne idée qu'on ne peut pas utiliser tout de suite mais qu'on ne veut pas abandonner, on dit qu'on la met au frigo pour signifier qu'on la garde sous le coude et qu'elle servira plus tard.

"O bicho vai pegar" : la bestiole va prendre.
Ca peut être positif ou négatif (plus souvent négatif) et c'est très employé. En positif, on peut traduire : "la mayonnaise va prendre" - en négatif : "ça sent le brûlé - ou le roussi", "ça va merder" ou "Aïe, aïe, aïe"

"Que mala !" ou "ele veio com a sua mala" : Quelle valise ! ou Il est venu avec sa valise.
En français, on remplace en fait "valise" par "boulet" - les valises sont lourdes à porter (surtout celles des Brésiliennes^^) et on ne peut pas trop les abandonner - il faut se les traîner.

"Eu fiz isso nas coxas" : j'ai fait ça sur les cuisses.
Cela veut dire : j'ai fait ça n'importe comment - "je l'ai bâclé" - "j'ai fait ça par dessus la jambe" (le plus proche au niveau du sens mais c'est bizarre en français qu'on mette la jambe au singulier... ?). L'idée est qu'on ne s'est pas installé à son bureau et qu'on a fait le truc sur ses jambes. Mais c'est imagé - on peut dire ça pour n'importe quoi : la cuisine, etc.

"Foi para o espaço" : c'est parti dans l'espace.
On dit cela quand quelqu'un a parlé de quelque chose, qu'un projet est apparu, puis plus rien (trés fréquent au Brésil : on s'emballe pour plein de choses sur le moment - mais on ne se sent pas obligé de le faire - personne ne va s'en offusquer - pas de coercition). On traduirait peut-être "c'est tombé à l'eau".

"Queimou o filme" : il a brûlé la pellicule.
On traduirait peut-être : "il s'est cramé", ou "il s'est fiché". On dit ça quand quelqu'un a exagéré, s'est foutu la honte de manière irrémédiable, par exemple en ayant fait trop de conneries après avoir bu, ou en étant sorti avec trop de mecs ou de nanas, du coup, l'info circule.

"Ele corre que nem uma barata tonta" : il court comme un cafard étourdi.
On dit cela de quelqu'un qui court dans tous les sens car il est perdu dans la vie.

"Ele ja vem com quatros pedras na mao" : il arrive avec déjà quatre pierres dans la main.
Se dit de quelqu'un qui semble sur l'offensive. Difficile à traduire car c'est le comportement normal d'un français ^^.

"Ele tem uma cara de paisagem" : il a une tête de paysage.
Se dit de quelqu'un qui a l'air mou et avec rien dans la tête. On peut voir un certain équivalent dans "il a le regard bovin" ^^

18 septembre 2006

Sourire intérieur

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10 septembre 2006

43021

Hier, alors que j'attendais une amie assise sur les marches de la fac (clap clap, je suis sortie de mon autisme), je prends conscience qu'une petite musique est diffusée dans la ville.
Etant des rares qui n'aime pas la musique d'ambiance (car moi quand je mets la musique, soit je l'écoute vraiment et je ne fais que ça, soit je danse comme une folle furieuse dessus), je pense : "ah ben tiens, c'est internationale en fait, il n'y a pas qu'à Calais, Caen ou Verdun que le passant du centre-ville doit entendre bon gré mal gré la musique que la municipalité diffuse gracieusement pour faire cool. Puis, je me dis, ma foi, celle-là n'est pas trop désagréable, quand alors la musique se rapproche...
Car en fait, elle ne vient pas d'enceintes accrochés sous les fenêtres d'habitants qui n'ont rien demandé mais d'un vélo qui vient de tourner à l'angle de la rue et qui s'approche de moi. Enfin elle vient plutôt d'un haut-parleur fixé à un vélo. Sur le vélo, est aussi accrochée une grande pancarte qui surplomble l'être humain qui pédale. En gros caractère, y apparait un numéro 43021 et au dessus une photo de regard.
Soudain, je comprends les paroles de la chansonnette : 43021 - 43021 ou plutôt quarante e tres zero vinte e um - quarante e tres zero vinte e um. Les deux phrases de la musique sont quasi identiques exceptés la dernière note de chacune plus aigü dans la première, plus grave dans la deuxième.
Un homme en blouse blanche, la quarantaine suit de bonne humeur cet ensemble et pousse parfois la chansonnette en même temps que la jeune fille enregistrée d'un ton guilleret.

Je saisis la réalité de ce manège étrange : ceci est une campagne politique.
Eh oui, ici, on vote en inscrivant un numéro sur une espèce de mini ordinateur à cause du taux d'analphabétisme. Le but est donc que les gens se souviennent d'un numéro. Donc, méthode à la bourrine, on te le fout dans le crâne de quelque manière que ce soit.
Les discussions politiques au Brésil sont quasi inexistantes. La classe moyenne ne s'intéresse pas à la politique. Il n'y a que des mouvements très populaires qui discutent politique comme le MST (mouvement des sans-terre) et de manière parfois assez caricaturale. Paraît-il que c'est depuis la dictature que la classe moyenne s'est désintéressé de la politique. De plus, le système éducatif ne développe pas beaucoup chez les élèves la notion d'esprit critique ou même de débat.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. Voilà que blouse blanche lâche son haut-parleur (enfin l'espèce de cône comme pour les manifs) et vient me causer. Il me demande comment je m'appelle, me dit quelques mots en français, sourit. Je me demande bien ce qu'il me veut. Il est plutôt beau garçon. Il me dit alors qu'il est candidat en tant que député d'état du Parana.
Quoi ! C'est ce guignol en blouse blanche le candidat député ? J'en tombe des nues. Surtout qu'il me parle absolument pas de politique et d'idées. Le seul truc qui se rapproche vaguement d'une idée politique est quand il me dit qu'il se présentera pas de nouveau car il veut pas faire comme les hommes politiques qui restent des lustres au pouvoir (à Curitiba, il est vrai que cela prend sens car une famille a gardé le pouvoir pendant presque 50 ans). Il essaie d'être sympa et me raconte un peu sa vie. Il est prof d'histoire. Je lui demande : dans une école publique. Oui, soupire t'il, c'est pas facile, à la périphérie dans le quartier de Boqueirao. Mais je travaille aussi pour le privé. Je donne aussi des cours d'allemand, de japonais et d'échecs.
Il me tend alors un petit papier. Un carré de 4 cm sur 4. Côté face est écrit : Galdino en gros avec en petit au-dessus Prof (professeur), en gros 43021, en minuscule Dep. Estadual, en encore plus minuscule : Politica de resultados, une photo de son regard et dans le coin droit : PV.
Côté face : Vote consciente ! Guarde essa colinha para que você possa lembrar e cobrar deste candidato ! Obrigado. C'est à dire : Vote consciemment ! Garde cette petite étiquette pour que tu puisses te souvenir de ce candidat et le réclamer (traduction incertaine, le verbe cobrar étant polysémantique). Merci.
Suivent son adresse mail, son téléphone.
Il me dit que je peux l'appeler ou lui écrire pour lui poser des questions ou lui parler.
Je finis quand même par demander : Mais c'est pour quel parti ? Il me montre alors du doit le "PV" dans le coin en disant que c'est pour les verts mais ne dit toujours rien sur un éventuel programme. Il s'en va en me serrant la main avant d'aller parler à une autre personne également assis sur les marches de la fac à une quinzaine de mètres. Le gars à vélo attend de l'autre côté du bâtiment, le vélo diffusant toujours la chansonnette.

Rho alors quand même, je suis déçue : même le parti vert (qui ici est vraiment un parti minuscule) adopte de tels pratiques de propagande politique. Ah mais si ! Il y a quelque chose d'un peu "vert" dans la campagne : c'est un petit vélo qui trimballe le petit haut-parleur et non pas une grosse BM et c'est une chanson douce et calme et pas une grosse techno qui gueule.

De toutes façons, les candidats ont la fâcheuse habitude de changer de parti comme de chemise. Les Brésiliens votent encore plus à la personne que nous. Le mythe du sauveur du Brésil persiste.

Je me rappelle alors les deux maisons dans lesquels notre groupe de rando de 4 personnes avait passé la nuit. Les deux femmes des deux maisons (où il n'y a ni électricité, ni eau courante, ni trucs à bouffer presque (ils avaient tué la poule devant nous pour notre repas) et où tout le monde dort dans des hamacs à 5 heures de marche dans le sable de toute ville) nous avaient parlé du responsable politique de la municipalité. L'une avait accroché les affiches de la campagne dans la cuisine, l'autre avait un T-shirt du gouverneur.

La première avait dit qu'il avait été très sympa avec elle pendant la campagne. Je me demandais bien ce qu'elle racontait : comment ça, il lui parlait personnellement. Ben oui donc. Et elle ajoutait que après son élection, plus rien, elle ne pouvait rien lui demander. Elle ne touchait toujours pas les aides auxquels elle avait droit. Elle avait été deux fois avec tous les papiers mais elle n'avait toujours rien. Et elle n'insistait pas, ne se plaignait pas trop, rien ! Et que aussi son mari ne touchait pas sa retraite. On lui avait toujours rempli ses papiers, ils avaient payé les cotisations où je ne sais quoi en remplissant les papiers mais arrivé à l'âge de la retraite, on leur dit qu'il manque quelque chose sur le papier mais on leur avait rien dit avant.
Elle ajoutait qu'elle aimerait bien parler à Lula, car Lula, il est gentil, c'est lui qui donne de l'argent aux pauvres même si elle n'a rien reçu. Hum... Je me sentais mal à l'aise devant tellement de naïveté et cette idée de rapport personnel à l'homme politique, mais vu la manière dont les campagnes se passent, je comprends mieux.
Cela dit, ma mère à moi avait bien voté pour je ne sais quel candidat à la mairie du XXème car au moins, il était sympa. En effet, elle l'avait rencontré dans une boutique de fringues, lui avait serré la main et lui avait dit que sa robe lui allait bien.

La deuxième, qui avait mon âge et trois enfants, racontait que les jours où elle devait aller voter (car c'est obligatoire au Brésil sinon on perd des droits, les droits aux rares allocs), elle doit marcher 5 heures aller - 5 heures retour mais que la dernière fois, elle n'a pas pu y aller car elle était malade.

C'est un peu désespérant tout ça.

08 septembre 2006

Mets-moi un tampon

Eh ben ça y est. Je suis redevenue étudiante. Enfin j´ai pas encore ma carte qui fournit comme avantage de bouffer au RU et de payer moitié prix au cinéma et c´est pas demain la veille vu que niveau "je te mets des batons dans les roues de tout mon bon droit car ta demande elle rentre pas dans les cases et c’est comme ca, point barre, au revoir mademoiselle" (à croire que l’état a pitié des débiles légers et les recrute tous comme secrétaires, ai-je déjà dit à Arkk), les secrétaires brésiliennes concurrencent largement les francaises.

Enfin, j’assite légalement et de manière reconnue aux cours de portugais ainsi qu’aux cours de solfège (c’est pas comme ca qu’ils disent mais c´est l’idée), piano, guitare et percus du conservatoire de MPB (Musique populaire brésilienne), et à la chorale lyrique de la fac.

Mais alors en ce qui concerne les cours en "discipline isolée" de l´université fédérale du Parana, ca se corse. J’avais le droit de m’inscrire à trois cours parmi les cours pour lesquels ils restaient de la place après que ceux qui ont obtenu le vestibular se sont inscrits.

Le "vestibular", c’est une sorte de baccalauréat sauf que chaque fac fait le sien. Celui des facs fédérales est le plus dur et le plus couru. C’est là que l’enseignement est de qualité et est presque gratuit. Les autres facs sont privées et leur niveau varie du passable au pourri ; le prix est parfois faramineux sans aucune mesure avec ce qu’on peut trouver en France et nombreux sont les étudiants qui pour avoir un diplome travaillent en temps plein le jour tout en vivant chez les parents et vont à la fac pas trop chère le soir. Beaucoup de facs recrutent des étudiants qui savent à peine lire et écrire et leur donnent un diplome bidon sinon le prof est viré de toutes facons. Evidemment, le fait que la fac publique soit la meilleure n’induit pas que l’enseignement primaire et secondaire publics soient de qualité bien au contraire… ici, les enfants qui vont dans le public, c’est ceux don’t les parents ne peuvent pas payer l’école privée. D’ailleurs, les classes moyennes ont maintenant tendance à ne pas faire plus d’un enfant car ils n’auront pas d’argent pour payer l’école. Il n’existe pas de parents qui par conviction de gauche mettent leurs enfants dans le public. C’est du suicide. Le public, c’est l’école des pauvres et ils sont 80 par classe. Ceux qui accèdent à la fac publique viennent quasiment tous du privé. Un de mes meilleurs amis est une exception. Fin de la parenthèse.

N’étant pas là le jour des inscriptions, j’ai mandaté une amie sauf que elle m’a inscrite en deux matières en sociologie qui se déroulent en même temps et s’est fait rembarré pour le cours de littérature alors qu’elle avait tous les papiers. Le secrétariat général de la fac compréhensif me redonne un papier pour choisir un autre cours mais la secrétaire de socio ne l’entend pas de cette oreille. Elle appelle et reste environ 10 minutes au téléphone pour se plaindre qu’on sappe son autorité et me dit finalement « j’aurais pu vous inscrire si il existait une autre session de ce cours or ce n’est pas le cas ; je n’ai donc pas dans l’obligation de vous inscrire ailleurs comme vous me l’avez dit. » Ouh, ça sent le rapport de pouvoir. Je lui demande : « mais il n’y a aucun cours dans lequel il reste des places ? ». « Non et de toute façon, la date est dépassée. » Une raison qui en exclue l’autre. Elle veut me faire chier, c’est clair comme l’eau d’Evian. Je hausse de deux décibels à peine le ton pour répliquer : « Je viens d’assister à deux cours ; il n’y avait pas plus de 20 élèves alors qu’il y avait 40 places à pourvoir au départ (en fait en portugais, j’ai pas dit ça aussi bien…). Je ne peux pas croire qu’il ne reste aucune place mais je crois par contre que vous ne voulez pas m’inscrire. » Dans un ultime souffle avant de quitter le navire, elle me lance : « c’est car les étudiants inscrits ne viennent pas mais les cours sont vraiment plein. » Vraiment, c’est à dire sur son papier de merde. Je lui soufflerai bien de faire comme les compagnies aériennes en surbookant les cours, ça permettrait peut-être à plus d’étudiants de suivre des cours décents mais elle a tourné le dos et en plus elle n’y peut rien, c’est une secrétaire qui utilise son tampon comme un phallus au lieu , comme l’exigerait sa fonction dans l’idéal, de faciliter les démarches aux gens qu’elle a en face d’elle et de trouver des solutions dans les situations qui rentrent pas dans les cases.
Sur ce, le professeur à ma droite à qui j’ai eu la bonne idée de demander le sujet de ces cours auparavant avec un sourire avant qu’il retourne à son ordinateur et don’t la matière était une de celle que je venais de sélectionner (sociologie de la médecine) m’adresse la parole pour me demander s’il peut m’expliquer mieux la situation (en face de la connasse) ; j’acquiesce ; c’est un problème de législation blablabla (la secrétaire a retourné le dos pour ajouter son grain de sel mais je l’ignore), que éventuellement je peux voir directement avec les professeurs comme je viens de le dire mais que je n’obtiendrai pas de papiers ni de diplômes, ce dont je me fous lui réponds-je en exagérant un peu, qu’ils ne sont pas obligés d’accepter car ça serait sous leur responsabilité (oui alors là y’a pas grand risque que la salle de cours prenne feu et que je meure dans d’atroces souffrances et même je ne vois pas comment leur cadavre pourrait être tenu pour responsable de la mort d’une élève qui est illégale dans leur cours) et que je peux venir le voir avant son cours pour discuter, me connaître (ah ah ah, non non, je compte pas le sucer pour aller dans son cours qui si ça se trouve frise le mystique et est de mêche avec les homéopathes, osthéopates et acupuncteurs vu le nom du département ; en fait à vrai dire j’étais plus intéressé par le cours d’antropologie de la santé), voir si je vais pas perturber son cours (j’esquisse un sourire ; il a préssenti la relou) et éventuellement m’accepter. C’est très con mais cette secrétaire m’a énervée ; je suis venue au Brésil pour étudier en laissant mon poste de prof et c’est pas si simple, j’ai la voix chevrotante en disant « oui mais d’abord, c’est eux les méchants, ils se sont gourrés en m’inscrivant à deux cours en même temps, ils pourraient au moins m’aider à ramasser leur caca ». Mais, je m’y résouds ; je serai étudiante illégale.

D’autant qu’en littérature, cette fois, c’est le même problème mais à l’inverse : il reste des places, le prof m’accepte, la secrétaire de littérature me met son tampon sur mon papier en 3 secondes mais c’est au niveau du secrétariat général que ça bloque car « c’est trop tard ». Des fois, j’ai envie de leur répondre : t’as de la pâte à crèpes, t’as du sucre, alors tu peux me faire une crêpe au sucre, non ? mais je suis pas sûre qu’ils pigent.

(à leur décharge, les cours commençaient mi-août et moi je débarque en septembre… sauf que j’ai bien fait les inscriptions à la bonne date d’abord… sauf que ces couillons ont merdé et que j’ai pas dépassé le nombre d’absences réglementaires… mais c’est vrai que j’ai compris un peu tard que c’était pas comme en France, qu’ici c’est en août, mais j’allais pas laisser mes 70 enfants de foyer ou de famille d’accueil sans assistante sanitaire – psy en août ?).

Ma gentille prof de portugais à qui je suis fidèle depuis un an (d’ailleurs je commence à revoir les mêmes textes mais c’est pas grave) m’explique, après que j’ai squatté le cours à décrire mes problèmes (c’est bien son cours ; on doit progresser sur la langue portugaise, éventuellement la culture brésilienne mais elle est pas fermée et on peut dévier sur ce qu’on veut. J’aime bien ce côté papote de café qui ne vire pas au n’importe quoi inintéressant que cultivent certains profs qui veulent pas bosser car elle a plein de trucs intéressants à raconter) que si j’avais dit : « Bonjour, je suis Kela, professeur pour le ministère de l’éducation nationale française ayant fait ses études à la Sorbonne et détachée pour étudier à l’université fédérale du Parana ici même afin d’apporter les fruits de ce que j’ai appris à l’état français », ça aurait marché car il faut impressionner et faire semblant d’avoir un nom comme l’a expliqué un sociologue brésilien dans un livre intitulé : « Savez-vous à qui vous vous adressez ? ». Et aussi que ça ne sert à rien de m’opposer de front, qu’il n’y a pas ici la culture de l’opposition et qu’il faut biaiser et qu’elle veut bien appeler pour moi.

Pour pas trop blinder cette note, je laisse la description de la médiocrité des cours pour un prochain jour, je me suis un peu lâchée.

30 juillet 2006

Retour chez moi ou ailleurs ?

Demain, je prends l´avion pour la France. A priori, je suis hyper contente. Je vais pouvoir voir des tas de gens que j´ai pas vu depuis longtemps mais en même temps, je suis angoissée. Vais-je retrouver mes amis comme avant ?
Ai-je trop changé ?
Sont-ils devenus vieux ?
M´ont- ils oublié ?
Peut-être vais-je devoir rendre des comptes : tu n´ecris pas, tu es loin et tu voudrais qu´on ait du temps quand tu reviens...
Vais-je me rhéabituer aux gens qui font la gueule dans le métro, à ceux qui ralent pour un rien ?
Le Brésil va t´il me manquer ?
Ne vais-je pas trop penser à ce que je loupe là-bas ?
Le pire serait la déception des retrouvailles avec certains, un froid, un malaise, un décalage, un formalisme...

J´espère être contente de parler ma langue et de la réapprendre un peu, rire avec mes amis, comprendre les gens d´un seul coup d´oeil grâce aux expressions de visage, avoir des grandes discussions passionnées où tout le monde s´engueule sur un sujet et rigolent tous ensemble peu aprés, et surtout retrouver l´humour, le cynisme, l´ironie et les sous-entendus.

26 avril 2006

Un carnaval, des carnavaux

Ecrit le 4 mars

J'ai donc assisté au carnaval de Rio.
En réalité, ce concept de la fête du mardi gras, que les Brésiliens se sont attribués avec force tout commes les Dunkerquois, se réalisent de plusieurs manières.

J'ai participé à trois types de carnaval.


Le premier soir, après les retrouvailles avec mon ami qui n'avait pû me rejoindre coincé dans son bus dans les bouchons de Rio et qui le matin a été jusqu'à l'aéroport pour suivre mes traces (comme si j'étais restée à l'aéroport !!!), on a rejoint certains de ses nouveaux amis de son boulot à un bloco de bairro, un carnaval de quartier à Santa Thérésa. Santa Thérésa est une colline de Rio, très jolie, en début de boboïsation, mais pour l'instant encore très populaire.

Ce n'était pas une énorme fête comme j'ai pu en voir dans d'autres quartiers ; c'était même presque caché dans une rue montante. Sur le chemin, on a croisé un gars, que je croyais être un pote de Paulo mais qu'il venait en fait de rencontrer. Profil très brésilien qui fait du bien, petit, métissé avec au moins quatre orginie, branché sur du Duracell sans crier et envahir, le rythme et la joie dans la peau et le sourire sur les lèvres. Sur place, déjà, la fête battait son plein. Une énergie un peu effrayante au début s'en dégageait. Effrayante car il fallait que j'entre dans cette énergie, c'était comme un défi.

On aurait dit que des potes étudiants s'était réunis pour jouer à la cool de la musique. C'était une batucada de type macumba. Percussions diverses mais aussi quelques cuivres. Parfois, les cuivres et les percussions se perdaient, parfois ils mettaient le feu. Ah ça, les brésiliens, aux percus, ils assurent, il y a pas de doute. Ca roule, tourne, breake ; le rythme se ralentit pour mieux repartir, en osmose avec l'énergie folle qui se dégage de ce rassemblement d'une centaine de personnes à peine. Et ça danse, mais pas du tout genre on se la raconte, on drague, non les pieds vont tout seuls, emportés par ce mouvement général émanant de la musique, y repartant pour lui donner plus d'impulsion. C'est samba, mais pas uniquement, enfin le côté africain de la samba y ressort plus, notamment grâce à cette jeune fille qui respire la fraicheur et l'énergie et qui gère presque la fête . Elle a l'air ami des musiciens, connait des paroles de chansons et elle lance des impulsions à la foule par son charisme.

Alors, le non ami de Paulo danse avec un naturel et une joie phénoménale ; on sent la ginga de capoeiriste par moments. Je danse pas très loin et on commence à s'approcher et naturellement, il vient danser avec moi. Il m'attrape un peu à la hussarde mais je ne me sens pas du tout forcée. Et alors là, c'est la fusion, la danse à son paroxysme, écoute, feu, sensualité, jeux de fuite et d'approches et de cassage de rythme. Le genre de mecs, qui tout en te guidant avec une main assurée, te laisse une part de liberté. J'ai l'impression d'être une reine de la samba et que l'on enflamme la rue pavée. Après ce moment de pur bonheur, je m'éloigne sous prétexte de m'acheter de l'eau mais surtout car une réaction de défense mentale me submerge... je ne veux pas que cela vire à la drague ni avoir l'air d'une chaudasse.

Je reviens ensuite plus près des musiciens, dont certains changent car des instruments simples d'utilisation tournent. Toujours dans un état de transe stimulée par le groupe, j'observe cette fille et d'autres ; les filles sont très jolies, du moins quatre d'entre elles. Le tableau est charmant, beaucoup ont des parcelles de déguisements sur eux... cela ressemble plus à un laisser aller vestimentaire délirant général qu'à un réel apprêt de fête où il faut se faire beau. J'essaie de chopper quelques pas inconnus que je mets en pratique et également, j'essaie d'aller plus profondément dans cet état où les barrières de la réserve explose pour utiliser au mieux ce côté primitif de la danse et de la musique. Jo vient me voir pour me proposer de les rejoindre (ils sont au maximum 7 mètres derrière ^^) et pour me dire de venir danser, mais sans insister, sans lourdeur, sans cet excès de gentillesse qui m'étouffe parfois ici.

Finalement, un peu plus tard, je me retrouverai dans ses parages, un peu plus bas et on redansera jusqu'à épuisement, c'est encore mieux qu'avant, on se connait maintenant, on ose le collé-collé par moments. Ses mains sont un peu rugueuses, on voit qu'il a pas fait que lire des livres et se branler. Il vient de l'extrème nord du Brésil, près de la Guyanne. Sur le chemin du retour, on discutera. Je m'apercevrai qu'il est loin d'être con et inculte, même s'il me semble pas non plus un intello érudit et qu'il semble attaché à des choses plus concrètes. Il étudie le théâtre, quelle coïncidence... je me demande bien comment je fais, enfin plutôt comment on fait concrètement en général pour s'approcher toujours des gens qui ont des points communs, c'est écrit sur leur gueule, sur la façon de se déplacer ? Il va bientôt jouer dans une télé novela (mouahahahaha...).

Même si j'ai entraperçu ce soir là comment on pouvait en venir à coucher avec un mec qu'on connaît à peine, non pas à cause d'une sorte de pression sociale et de volonté de séduire et de se rassurer, mais plutôt à cause d'une fusion inattendue et clairement éphémère qui te fait fondre (ne serait-ce que littéralement vu les deux litres de flotte que j'ai transpiré en sambant), je décalerai soigneusement le visage quand il essaiera de me rouler une pelle pour me dire au revoir. Je donne encore beaucoup d'importance à l'investissement affectif et intellectuel d'un simple baiser.

Avant qu'on ne soit partie, la batucada s'était décalée vers le bas de la rue et au lieu que ce soit les musiciens qui forment un cercle dans lequel s'imiscent trois ou quatre danseurs avertis, c'est maintenant une grande ronde qui s'agrandit autour d'eux. On danse autour d'eux, comme dans les fêtes de village ou chez les indiens, avec quelques pas simples (Paulo pourtant semble s'emmêler les pinceaux) et en chantant ce qui semble des chansons connues et rituelles. Des gens qui ne se connaissaient pas se sourient jusqu'aux oreilles ; un musicien à qui je souris après l'avoir touché par mégarde me prendra le nez, comme on fait aux enfants.

Ce soir là, c'était une fête au sens le plus noble du terme, un rassemblement humain, une joie partagée, que j'ai retrouvé également le 31 décembre au Channel à Calais.



Le lendemain, j'insiste pour aller au sambodromo, le lieu officiel du carnaval de Rio. Paulo ne veut pas venir mais m'aide à acheter une place au noir. Il y a deux ou plutôt trois façons de trouver des places, soit on les achète au départ à la billeterie pas très chèr, mais ils se font très vite dévalisés, notamment par les agences, qui elles les revendent aux touristes à des prix phénoménals, soit on les achète au marché noir, aux gens des favellas ou aux participants des écoles de samba, qui revendent leur place qu'ils ont gratuite. Je tombe sur un musicien de mangueira qui me vend une place à prix plus que raisonnable mais pas très bien placée.

Les chars sont depuis cette année confectionnée dans une avenue pour plus de sécurité. Chacun peut acheter un déguisement "une fantaisie" et venir défiler avec une école. Je comprends au fur et à mesure l'ampleur de cette festivité. C'est un évènement auquel tout le monde assiste. C'est plus important que la coupe du monde de foot (moi perso, je m'en fous de la coupe du monde mais voyez ce que je veux dire). Tous les journaux en parlent. Toute la ville est tournée vers ça.

Et c'est comme une match de foot mondial sauf que les tribunes ne forment pas un cercle mais un couloir. Le défilé, c'est en fait les 12 écoles de samba qui défilent tour à tour. C'est étalé sur deux jours. J'y suis allée le lundi et cela a duré de 20 heures du soir à 8 heures du matin. Chaque école doit défiler sur un thème qu'il choisit qui doit se voir dans les chars et les déguisements et avec une musique qu'ils ont composés et que la bateria joue. La plus fameuse est celle de Mangueira dont le drapeau est rose et vert, les couleurs que je portais par hasard la veille. Un jury note chaque école selon des critères définies.

On doit supporter les équipes, certains arrivent avec le maillot officiel mais c'est beaucoup plus bonne enfant que le foot. Personne n'insulte les autres équipes. Des personnes passent dans les tribunes et distribuent des drapeaux et en général on se retrouve à supporter plusieurs équipes les unes après les autres.

Dans ma tribune, il y a surtout des brésiliens. C'est l'euphorie, mais une euphorie de spectateurs, bien qu'on danssote tout en regardant et en chantant la chanson dont on nous a distribué le texte. Ma voisine devient hystérique lorqu'on voit clairement des danseurs sur le côté d'un char, des grands jeunes hommes noirs qui dansent woohooo, c'est pas la danse friquette à l'européenne, c'est une force, un rythme, des lions en représentation.

Cependant, bien que le spectacle soit vraiment intéressant, je suis seule et je peux pas beaucoup danser, alors je pars à deux heures du matin, à pied et en métro, malgré les recommandations car il y a du monde dans la rue. Bon, j'aurais une petite sueur froide quand je verrais sur le parking un mec avec une mitraillette à chaque main qu'il range dans sa voiture.

Le lendemain, tout le monde commentera les prestations de chaque école et je regretterai de ne pas être restée : en 5 heures, je n'ai vu que deux écoles sur 6. J'ai passé une bonne soirée, mais c'était un spectacle.



Enfin, le troisième soir, Paulo me propose d'aller à un autre bloco de bairro, toujours à Santa Theresa. Je le suis.

Ca commence mal, c'est un mec que j'avais trouvé un poil con qui nous emmène en voiture et évidemment, il conduit comme un malade. C'est l'horreur, je m'accroche à la poignée.

Ensuite, quand on arrive, les musiciens sont déjà partis. Ce n'est plus du tout le petit regroupement dans un coin du quartier, c'est l'orgie énorme. Des milliers de personnes circulent, sans savoir où elles vont d'ailleurs et on a du mal à avancer. La musique sort d'enceintes. Ca boit de partout de la bière et les vendeurs clament pour qu'on leur achète leurs produits.

Je me rends compte assez vite que les gens ne viennent pas là pour la fête, enfin à mon sens, mais pour boire et surtout pour trouver des filles. Je me prends des dizaines de "que linda" ou "você quer namorar comigo ?" et surtout plein de mains sur tout le corps. Les mecs t'arrêtent en te touchant. Je ne supporte pas, j'écarte les mains, je lance des regards glacials. Apparemment, je suis la seule, les autres filles, même s'ils ne s'arrêtent pas souvent laissent les mecs les toucher et leur répondent. J'en discute avec Vanessa, une copine de Paulo qui m'explique qu'elle n'apprécie pas mais qu'elle s'est habitué. Que les mecs cherchent à coucher, qu'ils se barrent ensuite et qu'ils ne payent même pas (lol).

A un moment, je me retrouve à attendre le groupe avec deux collègues de Paulo et je m'aperçois avec stupeur qu'ils font pareil avec toutes les filles qui passent. Je les interroge. Celui qui je trouvais le plus beau me répond sans vergogne qu'il cherche une fille bonne. On s'éclipse rapidement du groupe avec Paulo et Vanessa pour boire un verre.

Même si c'est en plus gros, ça m'a rappellé certaines fêtes de mon adolescence ou parisiennes actuelles où il faut s'amuser, où on vient pomponné, où personne ne danse si on ne se déshinibe pas avec de l'alcool... où est passé ce sens de la fête que j'ai retrouvé le premier soir ?