08 juin 2008
Les happy-end sont déprimantes
J'aimerais que les romans (?) de Beigbeder soient écrits à l'envers.
Le début et le milieu sont complètement cyniques, blasés, désillusionnés puis ça se finit presque en guimauve.
Or, pour le lecteur, c'est tellement plus réconfortant que ça se finisse mal. On se dit alors que la vie est comme ça, il y a rien à en attendre, et du coup, tous les bons moments paraissent comme volés, et ça a tellement meilleur goût.
Par contre, avec une morale du réenchantement, notre vie de merde, ou plutôt médiocre, banale semble être le fruit de notre incapacité. Lié à une fixation à la phase post-ado désillusionée.
Petit melting polt lyrico désabusé de L'amour dure trois ans (le titre est la pire chose de ce bouquin avec sa fin) :
"La vie est une sitcom : une suite de scènes qui se déroulent toujours dans les mêmes décors, avec à peu près les mêmes personnages, et dont on attend les prochains épisodes avec une impatience teintée d'abrutissement."
"Je me suis mis à repousser la main d'Anne sans arrêt. Elle me prenait gentiment la main, ou le bras, ou bien posait sa main sur ma cuisse quand nous regardions la télé, et moi que voyais-je ? Une main molle blanchâtre, avec la consistance d'un gant Mappa. Je frissonais de dégoût. C'est comme si elle posait un poulpe sur moi. Je culpabilisais : mon Dieu, comment en étais-je arrivé là ? (...) Sa main que, trois ans plus tôt, j'aurais donné ma vie pour tenir ainsi."
"Alice et moi avons eu une "liaison extra-conjugale". C'est ainsi qu'on appelle les plus belles passions romantiques, à notre époque. Des gens meurent d'amour tous les jours pour des "liaisons extra-conjugales". Ce sont souvent des femmes que vous croisez dans la rue. Elles n'ont l'air de rien car elles cachent en elles ce secret, mais quelquefois vous les verrez pleurer, sans raison devant un mauvais feuilleton, ou sourire d'une façon magnifique dans le métro et alors, alors vous saurez de quoi je parle."
"Ce sont les gens les plus cyniques et les plus pessimistes qui tombent le plus violemment amoureux, car c'est bon pour ce qu'ils ont. Mon cynisme avait hâte d'être démenti. Ceux qui critiquent l'amour sont bien sûr ceux qui en ont le plus besoin : au fond de tout Valmont sommeille un indécrottable romantique qui ne demande qu'à sortir sa mandoline."
"Le mariage, c'est du caviar à tous les repas : une indigestion de ce que vous adorez, jusqu'à l'écoeurement. "Allez, vous en reprendrez bien un peu, non ? Quoi ? Vous n'en pouvez plus ? Pourtant vous trouviez cela délicieux il y a peu, qu'est-ce qui vous prend ? Sale gosse, va !"
"Alors il s'est passé une chose terrible : j'ai commencé à garder mes chaussettes pour dormir. Il fallait réagir sans quoi bientôt je me mettrais à boire ma propre urine."
"Les époux dinent, les amants déjeunent."
"Autrefois les mariages résistaient à ce genre de passades. Aujourd'hui les mariages sont des passades. La société dans laquelle nous sommes repose sur l'égoïsme. Les sociologues nomment cela l'individualisme alors qu'il y a un mot plus simple : nous vivons dans la société de la solitude. Il n'y a plus de familles, plus de villages, plus de Dieu. Nous aînés nous ont délivrés de toutes ces oppressions et à la place ils ont allumé la télévision. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes, incapables de nous intéresser à quoi que ce soit d'autre que notre nombril."
" Vous savez que vous pourriez partir tout de suite avec cet être avec qui vous n'avez pas échangé plus de trois phrases. "Partir" : le plus beau mot de la langue française. Vous savez que vous êtes prêt à l'employer. "Partons." "Il faut partir" "Un beau jour, nous prendrons des trains qui partent" (Blondin). Vous bagages sont faits, et vous savez que le passé n'est qu'un amas confus posé derrière vous qu'il faut tenter d'oublier, puisque vous êtes en train de naître. [article connexe : Non, rien de rien d'Edith Piaf] Vous savez que ce qui se passe est très grave, et vous ne faîtes rien pour freiner. Vous savez qu'il n'y a pas d'autre issue. Vous savez que vous allez faire souffrir, que vous préféreriez l'éviter, qu'il faudrait raisonner, attendre, réfléchir, mais "Partir", "Partir !" est plus fort que tout. Tout recommencera à zéro. La case "départ" promet tellement. (...) La vie nous donne une seconde chance ; l'Histoire repasse les plats."
"Notre couple se bâtissait sur les cendres d'un double divorce, comme s'il fallait se repaître de deux sacrifices humains pour construire un nouvel amour. (...) Nous avons détruit deux mariages pour rester unis, tel le blob qui absorbe ses victimes pour s'agrandir. Les bonheur est une chose si monstrueuse que, si vous n'en crevez pas vous-même, il exigera de vous au moins quelques assassinats."
12:15 Publié dans Fragments | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Écrire un commentaire