16 mai 2008

Ebauche d'une nouvelle forme de lutte des classes déviantes dans le discours de Sarkozy ?

Voici un article écrit peu après les élections présidentielles pour un site de vigilance citoyenne qui a périclité par manque de temps des divers organisateurs (dont moi). C'est toujours d'actualité sans doute.
 
Cet article utilise une relecture marxiste osée pour, par analogie, montrer que Nicolas Sarkozy a emporté les élections présidentielles en donnant un nom générique à son électorat pour lui présenter un ennemi commun à abattre, tout en passant sous silence une troisième couche de la population pourtant bien connue.

"L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes." (Manifeste du parti communiste)

Marx et Engels ont établi une lecture de l´histoire du monde où s´opposerait sans cesse à une couche de la population une deuxième : l´homme libre et l´esclave, le baron et le serf, l´aristocratie et la bourgeoisie, les patrons et les ouvriers...

Dans ce couple, existe un dominant et un dominé. Les révolutions se déroulent lorsque, dans la classe des dominés apparait une sous-classe susceptible de renverser la classe dominante.

La gauche, depuis le front populaire, conserve en filigrane cette idée de dominants - dominés. Les dominants seraient les patrons ou les -détenteurs de capitaux financiers, les dominés ceux qui ont un capital financier et/ou de pouvoir faible ou inexistant (étudiant basique, salarié, chômeur, parfois les femmes, parfois les immigrés...)

Pour limiter un tel déséquilibre, l´idée de la gauche non révolutionnaire est de rogner le fossé entre les deux classes en instaurant un service public (comme l´école qui permettrait de créer un ascenseur social, ou l´hopital qui offre ses services à tous), un droit du travail (pour limiter l´inégalité dans la discussion entre employeurs et employés), une redistribution des richesses (prendre aux riches pour donner aux pauvres)...

Dans une France où les pauvres et dominés sont largement plus nombreux que les riches et dominants, la gauche devrait normalement gagner les élections.

Eh bien non... !

Pourquoi ?

On peut ébaucher un élément de réponse pour l´élection qui vient d´avoir lieu...

Nicolas Sarkozy a inventé une nouvelle bipartition du monde (limité à la France). Ses phrases favorites sont ainsi :

- "J´ose le mot TRAVAILLEUR"
- "Les TRAVAILLEURS, c´est ceux qui se LÈVENT TOT le matin et qui triment et gagnent leur vie à la SUEUR de leur front"
- "Je veux permettre à ceux qui veulent gagner plus de TRAVAILLER plus"

En se plaçant dans la perspective marxiste (que Sarkozy n´utilise pas), la première classe est bien claire, ce sont les TRAVAILLEURS qui TRIMENT. Ce sont eux dont on prend la défense, dont on se veut le porte-parole, qu´on veut défendre de l´oppression.

Mais quelle serait donc la classe opprimante ?

- "Le mot travailleur n´appartient pas à CEUX QUI INTERDISENT aux français de travailler"
- "Je veux parler d´une souffrance, de ceux qui ne sont pas dans la PRECARITE, ceux qui TRAVAILLENT dur"
- "Je suis contre l´ASSISTANAT."

La classe ennemiE, dominante, contre laquelle il faudrait alors lutter, à qui il faudrait prendre le pouvoir (dans la logique marxiste), ce sont ceux qu´ils appellent les "assistés". On peut considérer que, selon Sarkozy, il existerait donc "les assistés" (la classe dominante) et les "travailleurs qui se lèvent tôt" (la classe dominée)

Quelle est la lutte que ces opprimés doivent mener : améliorer leur sort (réformisme ?) ou prendre le pouvoir...

Ni l´un ni l´autre, la classe opprimée doit supprimer la classe dominante, lui marcher dessus... en lui supprimant l´assistanat et en lui montrant que ce ne sont que des moins que rien. (car il va sans dire que s´ils ne travaillent pas, c´est car ils ne le veulent pas, qu´ils veulent rester dominants, c´est pas qu´ils peuvent pas)

Et bien entendu, des gens aident ces voleurs et profiteurs et maintiennent la classe dominée des travailleurs en position de faiblesse : la gauche ! qui leur donne des sous et font des lois pour que les travailleurs travaillent moins !

Pour lutter contre la nouvelle classe dominante, il faudra supprimer les maigres défenses qu´on avait contre l´ennemi antérieur... mais bon, faut bien faire des sacrifices...

Dans une logique de gauche, on aurait pû penser que ce sont ceux qui ont pas besoin de travailler ou qui ont un travail facile, léger, où on trime pas, où on a pas besoin de transpirer : les héritiers, financiers, les grands patrons, ceux qui se font servir grâce à leur argent. Mais dans le monde dessiné par Sarkozy, ces gens n´existent pas ou alors, le peu de fois où ils sont évoqués, ce sont soit une création de ces fainéants de 68tards qui ont arrêté de travailler pour faire grève soit, en ce qui concerne les patrons des pauvres hères qu´on empèche de faire le bonheur des travailleurs en limitant leurs décisions (35 h) soit en leur bouchant carrément la possibilité d´employer plus de travailleurs en leur imposant des taxes qui vont profiter aux assistés. On a donc divisé pour mieux régner.

Et les électeurs-travailleurs ont suivi...

- peut-être que car, ayant de meilleures conditions que leurs grands-parents, les travailleurs ne voient plus le patronnat comme un ennemi, c´est lui qui donne du travail après tout, et même des congés payés !, alors comme on aime bien avoir un ennemi, on en trouve un autre (même si on perdra dans la lutte certaines améliorations qui avaient été faites dans la lutte précédente)

- ou peut-être, au contraire, par fatigue de la rebellion contre l´ennemi traditionnel de gauche qui ne marche pas... (vu qu´ils se sentent toujours aussi défavorisés... ) alors ils ont trouvé un nouvel ennemi : les plus pauvres qu´eux, ceux qui n´ont même pas réussi à trouver un travail ou qui n´en ont pas les moyens.

On arrive pas à taper sur le plus fort alors on tape sur le plus faible pour se défouler... ça va rien changer à sa situation mais ça défoule au moins... et puis en plus, c´est pas nous qui allons faire le sale boulot, c´est le gouvernement, on garde les mains propres... et si on voit souffrir plus les autres, alors on trouve sa souffrance personnelle moins douloureuse...

Les ennemis de secours

Et puis, quand on est fatigué de ces ennemis, les assistés, on en a d´autres de rechange :

- les fonctionnaires ou des travailleurs qui travaillent presque pas : "un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé"

- les intellos, car penser, c´est pas travailler, c´est enculer les mouches : "Dans la vie, il y a toujours eu ceux qui parlent et ceux qui font... moi je suis de ceux qui font"

- et bien entendu, les immigrés qui ne pensent qu´à entrer en France pour rejoindre le troupeau des assistés et profiter de leurs avantages et positions de pouvoirs

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