15 mai 2008
Dans la solitude des champs de coton
Je voudrais partager avec qui veut mes coups de coeur littéraires, en recopiant des extraits que je trouve beau, souvent car ils me parlent, me rappellent une personne, un moment, un sentiment...
Commençons par du Koltès et la blessure créée par le désappointement que peut créer le détournement de regard qui rature le passé :
"Alors ne me refusez pas de me dire l'objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et s'il s'agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d'une prison, ou dans la solitude d'un champ de conton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder. Car la vraie seule cruauté de cette heure du crépuscule où nous nous tenons tous les deux n'est pas qu'un homme blesse l'autre, ou le mutile, ou le torture, ou lui arrache les membres et la tête, ou même le fasse pleurer ; la vraie et terrible cruauté est celle de l'homme ou de l'animal qui rend l'homme ou l'animal inachevé, qui l'interrompt comme des points de suspension au milieu d'une phrase, qui se détourne de lui après l'avoir regardé, qui fait, de l'animal ou de l'homme, une erreur du regard, une erreur du jugement, une erreur, comme une lettre qu'on a commencée et qu'on froisse brutalement juste après avoir écrit la date. "
(Fin d'une réplique du dealer)
19:05 Publié dans Fragments | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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