08 septembre 2006

Mets-moi un tampon

Eh ben ça y est. Je suis redevenue étudiante. Enfin j´ai pas encore ma carte qui fournit comme avantage de bouffer au RU et de payer moitié prix au cinéma et c´est pas demain la veille vu que niveau "je te mets des batons dans les roues de tout mon bon droit car ta demande elle rentre pas dans les cases et c’est comme ca, point barre, au revoir mademoiselle" (à croire que l’état a pitié des débiles légers et les recrute tous comme secrétaires, ai-je déjà dit à Arkk), les secrétaires brésiliennes concurrencent largement les francaises.

Enfin, j’assite légalement et de manière reconnue aux cours de portugais ainsi qu’aux cours de solfège (c’est pas comme ca qu’ils disent mais c´est l’idée), piano, guitare et percus du conservatoire de MPB (Musique populaire brésilienne), et à la chorale lyrique de la fac.

Mais alors en ce qui concerne les cours en "discipline isolée" de l´université fédérale du Parana, ca se corse. J’avais le droit de m’inscrire à trois cours parmi les cours pour lesquels ils restaient de la place après que ceux qui ont obtenu le vestibular se sont inscrits.

Le "vestibular", c’est une sorte de baccalauréat sauf que chaque fac fait le sien. Celui des facs fédérales est le plus dur et le plus couru. C’est là que l’enseignement est de qualité et est presque gratuit. Les autres facs sont privées et leur niveau varie du passable au pourri ; le prix est parfois faramineux sans aucune mesure avec ce qu’on peut trouver en France et nombreux sont les étudiants qui pour avoir un diplome travaillent en temps plein le jour tout en vivant chez les parents et vont à la fac pas trop chère le soir. Beaucoup de facs recrutent des étudiants qui savent à peine lire et écrire et leur donnent un diplome bidon sinon le prof est viré de toutes facons. Evidemment, le fait que la fac publique soit la meilleure n’induit pas que l’enseignement primaire et secondaire publics soient de qualité bien au contraire… ici, les enfants qui vont dans le public, c’est ceux don’t les parents ne peuvent pas payer l’école privée. D’ailleurs, les classes moyennes ont maintenant tendance à ne pas faire plus d’un enfant car ils n’auront pas d’argent pour payer l’école. Il n’existe pas de parents qui par conviction de gauche mettent leurs enfants dans le public. C’est du suicide. Le public, c’est l’école des pauvres et ils sont 80 par classe. Ceux qui accèdent à la fac publique viennent quasiment tous du privé. Un de mes meilleurs amis est une exception. Fin de la parenthèse.

N’étant pas là le jour des inscriptions, j’ai mandaté une amie sauf que elle m’a inscrite en deux matières en sociologie qui se déroulent en même temps et s’est fait rembarré pour le cours de littérature alors qu’elle avait tous les papiers. Le secrétariat général de la fac compréhensif me redonne un papier pour choisir un autre cours mais la secrétaire de socio ne l’entend pas de cette oreille. Elle appelle et reste environ 10 minutes au téléphone pour se plaindre qu’on sappe son autorité et me dit finalement « j’aurais pu vous inscrire si il existait une autre session de ce cours or ce n’est pas le cas ; je n’ai donc pas dans l’obligation de vous inscrire ailleurs comme vous me l’avez dit. » Ouh, ça sent le rapport de pouvoir. Je lui demande : « mais il n’y a aucun cours dans lequel il reste des places ? ». « Non et de toute façon, la date est dépassée. » Une raison qui en exclue l’autre. Elle veut me faire chier, c’est clair comme l’eau d’Evian. Je hausse de deux décibels à peine le ton pour répliquer : « Je viens d’assister à deux cours ; il n’y avait pas plus de 20 élèves alors qu’il y avait 40 places à pourvoir au départ (en fait en portugais, j’ai pas dit ça aussi bien…). Je ne peux pas croire qu’il ne reste aucune place mais je crois par contre que vous ne voulez pas m’inscrire. » Dans un ultime souffle avant de quitter le navire, elle me lance : « c’est car les étudiants inscrits ne viennent pas mais les cours sont vraiment plein. » Vraiment, c’est à dire sur son papier de merde. Je lui soufflerai bien de faire comme les compagnies aériennes en surbookant les cours, ça permettrait peut-être à plus d’étudiants de suivre des cours décents mais elle a tourné le dos et en plus elle n’y peut rien, c’est une secrétaire qui utilise son tampon comme un phallus au lieu , comme l’exigerait sa fonction dans l’idéal, de faciliter les démarches aux gens qu’elle a en face d’elle et de trouver des solutions dans les situations qui rentrent pas dans les cases.
Sur ce, le professeur à ma droite à qui j’ai eu la bonne idée de demander le sujet de ces cours auparavant avec un sourire avant qu’il retourne à son ordinateur et don’t la matière était une de celle que je venais de sélectionner (sociologie de la médecine) m’adresse la parole pour me demander s’il peut m’expliquer mieux la situation (en face de la connasse) ; j’acquiesce ; c’est un problème de législation blablabla (la secrétaire a retourné le dos pour ajouter son grain de sel mais je l’ignore), que éventuellement je peux voir directement avec les professeurs comme je viens de le dire mais que je n’obtiendrai pas de papiers ni de diplômes, ce dont je me fous lui réponds-je en exagérant un peu, qu’ils ne sont pas obligés d’accepter car ça serait sous leur responsabilité (oui alors là y’a pas grand risque que la salle de cours prenne feu et que je meure dans d’atroces souffrances et même je ne vois pas comment leur cadavre pourrait être tenu pour responsable de la mort d’une élève qui est illégale dans leur cours) et que je peux venir le voir avant son cours pour discuter, me connaître (ah ah ah, non non, je compte pas le sucer pour aller dans son cours qui si ça se trouve frise le mystique et est de mêche avec les homéopathes, osthéopates et acupuncteurs vu le nom du département ; en fait à vrai dire j’étais plus intéressé par le cours d’antropologie de la santé), voir si je vais pas perturber son cours (j’esquisse un sourire ; il a préssenti la relou) et éventuellement m’accepter. C’est très con mais cette secrétaire m’a énervée ; je suis venue au Brésil pour étudier en laissant mon poste de prof et c’est pas si simple, j’ai la voix chevrotante en disant « oui mais d’abord, c’est eux les méchants, ils se sont gourrés en m’inscrivant à deux cours en même temps, ils pourraient au moins m’aider à ramasser leur caca ». Mais, je m’y résouds ; je serai étudiante illégale.

D’autant qu’en littérature, cette fois, c’est le même problème mais à l’inverse : il reste des places, le prof m’accepte, la secrétaire de littérature me met son tampon sur mon papier en 3 secondes mais c’est au niveau du secrétariat général que ça bloque car « c’est trop tard ». Des fois, j’ai envie de leur répondre : t’as de la pâte à crèpes, t’as du sucre, alors tu peux me faire une crêpe au sucre, non ? mais je suis pas sûre qu’ils pigent.

(à leur décharge, les cours commençaient mi-août et moi je débarque en septembre… sauf que j’ai bien fait les inscriptions à la bonne date d’abord… sauf que ces couillons ont merdé et que j’ai pas dépassé le nombre d’absences réglementaires… mais c’est vrai que j’ai compris un peu tard que c’était pas comme en France, qu’ici c’est en août, mais j’allais pas laisser mes 70 enfants de foyer ou de famille d’accueil sans assistante sanitaire – psy en août ?).

Ma gentille prof de portugais à qui je suis fidèle depuis un an (d’ailleurs je commence à revoir les mêmes textes mais c’est pas grave) m’explique, après que j’ai squatté le cours à décrire mes problèmes (c’est bien son cours ; on doit progresser sur la langue portugaise, éventuellement la culture brésilienne mais elle est pas fermée et on peut dévier sur ce qu’on veut. J’aime bien ce côté papote de café qui ne vire pas au n’importe quoi inintéressant que cultivent certains profs qui veulent pas bosser car elle a plein de trucs intéressants à raconter) que si j’avais dit : « Bonjour, je suis Kela, professeur pour le ministère de l’éducation nationale française ayant fait ses études à la Sorbonne et détachée pour étudier à l’université fédérale du Parana ici même afin d’apporter les fruits de ce que j’ai appris à l’état français », ça aurait marché car il faut impressionner et faire semblant d’avoir un nom comme l’a expliqué un sociologue brésilien dans un livre intitulé : « Savez-vous à qui vous vous adressez ? ». Et aussi que ça ne sert à rien de m’opposer de front, qu’il n’y a pas ici la culture de l’opposition et qu’il faut biaiser et qu’elle veut bien appeler pour moi.

Pour pas trop blinder cette note, je laisse la description de la médiocrité des cours pour un prochain jour, je me suis un peu lâchée.

Commentaires

Tiens, c'est bien la première fois que je vois l'association tampon-phallus !

Quoi qu'il en soit, les inscriptions sont toujours un moment difficile et anxiogène, mais en général, tout se règle dans les toutes premières semaines de la rentrée des classes...

Écrit par : tampon | 06 juillet 2008

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Tiens tiens, vous vivez au Brésil, alors? Le Parana, ce doit être génial! Etes vous allée à Superagui?

Écrit par : anthropopotame | 17 janvier 2009

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